Colloque 2024

Supports didactiques, ressources pédagogiques. Formes, (in-)égalités, autorités et pratiques


Si le triangle de Jean Houssaye (Houssaye, 1988/2000) reste à ce jour un modèle incontournable pour appréhender la relation pédagogique autour des trois pôles que sont l’enseignant[1], le savoir et l’élève, il fait l’impasse sur un autre pôle essentiel, celui des supports accompagnant les activités d’apprentissage. De ce fait, plusieurs modèles tétraédriques ont été proposés à sa suite, permettant de réintégrer les médias en tant qu’ils interagissent nécessairement avec chacun des pôles précités (Alava, 2001) ou encore les ressources éducatives (tant humaines que matérielles) comme sommet définissant d’autres faces dans une nouvelle modélisation de la relation (Poisson, 2003 ; cité par Plateau, 2018). 

C’est à ces médiations matérielles des savoirs à enseigner qu’entend s’intéresser la prochaine édition du colloque Didactifen, en prenant pour objet les supports didactiques, envisagés en première analyse comme des unités matérielles et formelles mobilisant une ou plusieurs ressources à des fins éducatives : manuels, fiches-outils, sites interactifs, applications, podcasts, MOOCs, syllabus, diaporama, portefeuille de lectures, recueil d’exercices, mallettes pédagogiques, etc. On interrogera le support comme instrument d’une médiation éducative (Danvers, 1996) dans ses relations multiples avec les finalités de l’enseignement, la programmation des contenus disciplinaires, les pratiques d’enseignement et d’évaluation dans un contexte historiquement et socialement situé.

Si l’on parcourt le Dictionnaire des concepts fondamentaux des didactiques (Reuter et al., 2013) — qui n’y consacre toutefois aucune entrée spécifique —, une première exploration transversale permet d’attribuer au support les qualités suivantes : (i) il relève de la catégorie englobante de l’outil,soit, pour les situations d’enseignement et d’apprentissage, « un dispositif matériel ou un artefact servant ces situations » (Ibid., 151) ; (ii) il apparaît comme une composante structurelle des disciplines scolaires (avec les savoirs, leur organisation, les méthodes associées, etc.) et participe de leur mise en forme matérielle (Ibid., 81) ; de ce fait, il est susceptible de donner forme aux pratiques (Ibid., 13) ; (iii) il assure des fonctions d’exposition du savoir à enseigner (Ibid., 108) et, si l’on prend l’exemple du manuel, rend compte de sa programmation didactique (Ibid., 152) ; (iv) il est fonction des pratiques sociales de référence (soit, suivant le concept forgé par Jean-Louis Martinand, le fait que des activités du monde social servent de référence à des activités scolaires, et soient mobilisées dans la définition des visées et des contenus de l’enseignement) (Ibid., p. 175).

Dans cette perspective, un support tel que le manuel a pu être étudié comme un « condensé de la société qui le produit » (Choppin, 1992, p. 18) : il se conçoit en tant qu’artefact culturel, situé et déterminé par un contexte historique, social et géographique, ainsi que comme « espace de représentation disciplinaire » (Denizot, 2016). L’examen des manuels présente dès lors un intérêt en ce qu’ils constituent une source historique précieuse sur les pratiques enseignantes d’une société donnée, mais assurent aussi le rôle d’instruments de pouvoir entérinant, par exemple, le primat de la culture écrite sur les autres formes d’expression, la définition d’objets légitimes, ainsi que la stéréotypisation de rapports sociaux/de genre.

Nous voudrions prolonger les réflexions issues de ces travaux en interrogeant, outre les déclinaisons actuelles de l’objet « manuel », d’autres supports didactiques utilisés aujourd’hui par les enseignants ; que ces supports résultent de l’intégration des technologies et du numérique dans l’enseignement ou de la porosité existant entre le monde scolaire et d’autres environnements (monde de l’entreprise, univers ludiques avec l’usage des serious games, etc.) mettant en jeu d’autres pratiques sociales de référence. Sous cet angle, le présent colloque entend explorer les questions suivantes :

  • De quelle manière le support, en tant qu’artefact mobilisant un ensemble de signes porteurs de sens, susceptible d’orienter la scénarisation pédagogique, joue-t-il un rôle dans l’enseignement des savoirs disciplinaires ?
  • Comment organise-t-il la production (sélection, transposition, organisation, exposition), la circulation (accessibilité, médiat[isat]ion, disponibilité) et l’usage (méthodes, champ d’application, rôles des parties prenantes) de ces savoirs disciplinaires en situation d’apprentissage ?
  • Que nous disent les représentations, les systèmes de valeurs et les logiques de pouvoir que les supports consacrent, de la société dans laquelle ils opèrent, et des conceptions de l’activité éducative qui s’y déploient ?
  • Comment le support s’articule-t-il à l’ensemble plus large des outils (p. ex. TBI) et ressources éducatives à disposition ? Comment le rôle de l’enseignant s’en trouve-t-il transformé, dès lors que les pratiques de curation prennent une part croissante dans la conception des supports ?
  • À quelles conditions les supports se révèlent-ils des vecteurs efficaces et équitables pour faire progresser les apprenants dans la maîtrise des compétences disciplinaires ?

Vers le site web du colloque 

modifié le 21/03/2025

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